Je joue du luth.
Pendant quinze jours, tous les quinze jours. A peine plus.
A chaque fois que je transporte mon luth, il me faut une semaine, souvent plus, pour ensuite parvenir à le rouvrir. Comme si chaque voyage terminait quelque chose. Je le repose là où il dort, et je n'y reviens plus. Pendant une semaine. Ou plus. Comme si le fait d'avoir fermé sur lui les solides fermoirs de l'étui, ceux que je ne ferme que pour le transporter, en rendait l'accès plus difficile ensuite. J'ai bien essayé de les ouvrir sitôt le retour. C'était il y a plus d'une semaine. Peine perdue.
Comme si le transport était un dérangement dans nos relations. Il me faut retourner vers lui comme après une longe absence, le réaprivoiser, retrouver un rythme. Une fois le pas franchi, je le rejoue régulièrement. Pendant deux, trois semaines. Puis vient le jour de ma leçon de luth, à nouveau je l'emporte avec moi, le ramène, le repose, l'oublie. Et il lui faudra des jours pour remonter à la surface de ma mémoire - à la surface de mon envie.
Comme ce soir, où je vais rouvrir l'étui de mon luth. J'ai hâte.
mardi 27 janvier 2009
dimanche 18 janvier 2009
8.
Je joue du luth.
C'est assez encombrant.
L'étui de forme bizarroïde m'arrive à la taille et a la corpulence d'un enfant, la souplesse en moins.
Pourtant son allure intrigante m'attire régulièrement des manifestations de sympathies auxquelles je ne sais jamais trop comment réagir. (Mode méfiant) "Qu'est-ce que c'est ? - Un tuba." (Mode pédant) "Qu'est-ce que c'est ? - C'est un luth, un luth baroque." (Mode rougissant) "Qu'est-ce que c'est ? - Un luth. - Vous en jouez ? Vous êtes professionnelle ? - Oh, non... - C'est pas grave, ça va venir !" car oui, il est inscrit sur mon visage que je suis destinée à devenir une grande concertiste.
Mais pas seulement. Ainsi en montant dans un wagon mon luth et moi croisons-nous souvent quelques regards exaspérés qui se transforment en expressions de soulagements dès que leurs auteurs se rendent compte que non, nous n'allons pas leur jouer un medley de folklore parisien avant de passer parmi eux merci.
Voire quelques attitudes franchement agressives, comme cette dame qui persistait à clamer qu'"il allait pas prendre deux places, le violon". Il n'a pas réagi, évidemment. Ce n'était pas bien malin de s'adresser à lui comme ça. D'abord il n'a pas d'oreilles. En aurait-il eu, il n'a pas de petites pattes. En aurait-il eu, je doute qu'il se soit reconnu dans une apostrophe aussi cavalière.
Mon luth a sa fierté.
Non, finalement, l'attitude que je préfère est peut-être encore celle des passants qui, apercevant la silhouette singulière, s'exclament : "Oh ! Une grande chaussure !"
C'est assez encombrant.
L'étui de forme bizarroïde m'arrive à la taille et a la corpulence d'un enfant, la souplesse en moins.
Pourtant son allure intrigante m'attire régulièrement des manifestations de sympathies auxquelles je ne sais jamais trop comment réagir. (Mode méfiant) "Qu'est-ce que c'est ? - Un tuba." (Mode pédant) "Qu'est-ce que c'est ? - C'est un luth, un luth baroque." (Mode rougissant) "Qu'est-ce que c'est ? - Un luth. - Vous en jouez ? Vous êtes professionnelle ? - Oh, non... - C'est pas grave, ça va venir !" car oui, il est inscrit sur mon visage que je suis destinée à devenir une grande concertiste.
Mais pas seulement. Ainsi en montant dans un wagon mon luth et moi croisons-nous souvent quelques regards exaspérés qui se transforment en expressions de soulagements dès que leurs auteurs se rendent compte que non, nous n'allons pas leur jouer un medley de folklore parisien avant de passer parmi eux merci.
Voire quelques attitudes franchement agressives, comme cette dame qui persistait à clamer qu'"il allait pas prendre deux places, le violon". Il n'a pas réagi, évidemment. Ce n'était pas bien malin de s'adresser à lui comme ça. D'abord il n'a pas d'oreilles. En aurait-il eu, il n'a pas de petites pattes. En aurait-il eu, je doute qu'il se soit reconnu dans une apostrophe aussi cavalière.
Mon luth a sa fierté.
Non, finalement, l'attitude que je préfère est peut-être encore celle des passants qui, apercevant la silhouette singulière, s'exclament : "Oh ! Une grande chaussure !"
mardi 6 janvier 2009
7.
Je joue du luth.
Il me faut régulièrement changer de position. Elle ne m'est pas encore vraiment naturelle.
Aujourd'hui en jouant j'ai voulu rallonger un peu la longueur de la bandoulière, que je trouvais serrée. Elle me meurtrissait l'épaule et entravait mes mouvements. Aussitôt le luth s'est mis à chanter d'une voix incroyable, vibrante, des accents d'une profondeur extraordinaire, comme si quelque chose en lui avait été libéré.
Je me suis rendu compte que je ne l'avais pas entendu si bien sonner depuis des semaines. C'était un vrai plaisir de le jouer, l'envie n'en pouvait s'éteindre.
Quelle idiote. Je ne sais pas depuis combien de temps ainsi j'étranglais mon luth.
Il me faut régulièrement changer de position. Elle ne m'est pas encore vraiment naturelle.
Aujourd'hui en jouant j'ai voulu rallonger un peu la longueur de la bandoulière, que je trouvais serrée. Elle me meurtrissait l'épaule et entravait mes mouvements. Aussitôt le luth s'est mis à chanter d'une voix incroyable, vibrante, des accents d'une profondeur extraordinaire, comme si quelque chose en lui avait été libéré.
Je me suis rendu compte que je ne l'avais pas entendu si bien sonner depuis des semaines. C'était un vrai plaisir de le jouer, l'envie n'en pouvait s'éteindre.
Quelle idiote. Je ne sais pas depuis combien de temps ainsi j'étranglais mon luth.
lundi 5 janvier 2009
6.
Je joue du luth.
Pendant ce temps, mon ordinateur s'épouille soigneusement dans un coin de la pièce.
Après plusieurs heures de recherche, voilà qu'il a trouvé pas moins de six parasites divers dans son organisme. En les supprimant un à un, je les examine.
Curieux, l'un d'eux est un vers destiné à voler les paramètres utilisateurs d'un MMPORG dont j'ignorais jusqu'à l'existence.
Curieux. Je ne joue à aucun MMPORG.
Je joue du luth.
Pendant ce temps, mon ordinateur s'épouille soigneusement dans un coin de la pièce.
Après plusieurs heures de recherche, voilà qu'il a trouvé pas moins de six parasites divers dans son organisme. En les supprimant un à un, je les examine.
Curieux, l'un d'eux est un vers destiné à voler les paramètres utilisateurs d'un MMPORG dont j'ignorais jusqu'à l'existence.
Curieux. Je ne joue à aucun MMPORG.
Je joue du luth.
lundi 29 décembre 2008
5.
Je joue du luth.
Mais aujourd'hui il a la voix cassée. C'est ma faute. Quelle idée aussi d'oublier cette fenêtre ouverte pendant la moitié de la nuit. Surtout cette nuit. Il y avait 25° d'écart entre l'intérieur et l'extérieur de la fenêtre.
Mes plantes ont à moitié gelé.
Les murs sont glacés.
Et mon luth a vaillamment encaissé le froid dans son cercueil. Trois cordes ont sauté, toutes les autres ou presque ont bougé et peinent à retrouver l'accord, se faussent à nouveau dès qu'on les touche. Son bois est tout raide et sa voix grelottante.
Il va falloir le réchauffer, le ranimer peu à peu, refaire circuler la vie dans les veines du bois.
Quelques temps encore le son sera atroce mais je lui dois bien ça.
Mais aujourd'hui il a la voix cassée. C'est ma faute. Quelle idée aussi d'oublier cette fenêtre ouverte pendant la moitié de la nuit. Surtout cette nuit. Il y avait 25° d'écart entre l'intérieur et l'extérieur de la fenêtre.
Mes plantes ont à moitié gelé.
Les murs sont glacés.
Et mon luth a vaillamment encaissé le froid dans son cercueil. Trois cordes ont sauté, toutes les autres ou presque ont bougé et peinent à retrouver l'accord, se faussent à nouveau dès qu'on les touche. Son bois est tout raide et sa voix grelottante.
Il va falloir le réchauffer, le ranimer peu à peu, refaire circuler la vie dans les veines du bois.
Quelques temps encore le son sera atroce mais je lui dois bien ça.
lundi 22 décembre 2008
4.
Je joue du luth.
Certains disent que dans le luth, le plus important c'est d'avoir un beau son.
Pour d'autre, c'est la rapidité d'exécution des pièces qui est essentielle.
Oui, tout ça, c'est essentiel. Mais en fait, pour jouer du luth, le plus important, c'est surtout : bien se laver les mains.
Parce que va ravoir une tache sur une table d'harmonie en épicéa clair de quelques millimètres d'épaisseur.
Alors je vais me laver les mains, aussi soigneusement que je joue du luth.
Certains disent que dans le luth, le plus important c'est d'avoir un beau son.
Pour d'autre, c'est la rapidité d'exécution des pièces qui est essentielle.
Oui, tout ça, c'est essentiel. Mais en fait, pour jouer du luth, le plus important, c'est surtout : bien se laver les mains.
Parce que va ravoir une tache sur une table d'harmonie en épicéa clair de quelques millimètres d'épaisseur.
Alors je vais me laver les mains, aussi soigneusement que je joue du luth.
mercredi 10 décembre 2008
3.
Je joue du luth.
Pas très bien.
Mes doigts encore malhabiles s'enmmêlent dans les cordes, traînent ou emportent le rythme. Cela ne fait pas si longtemps.
Mais peu importe l'habileté. Lentement, attentivement, je travaille le son. Je cherche à faire vibrer les voix de l'instrument, faire entrer ses choeurs en résonnance, toucher les cordes pour en obtenir une vibration profonde, une sombre et chaude perfection sonore. C'est un superbe instrument, mon luth. Bien plus beau que mes doigts ne le valent. Lentement je progresse vers lui. En attendant, je rends justice à sa voix.
Sentir l'instrument vibrer contre moi, cela m'apaise. Je m'absorbe dans ces sonorités.
Eloigne mes soucis, détend mes nerfs et dissipe toute pensée. Je joue du luth.
Pas très bien.
Mes doigts encore malhabiles s'enmmêlent dans les cordes, traînent ou emportent le rythme. Cela ne fait pas si longtemps.
Mais peu importe l'habileté. Lentement, attentivement, je travaille le son. Je cherche à faire vibrer les voix de l'instrument, faire entrer ses choeurs en résonnance, toucher les cordes pour en obtenir une vibration profonde, une sombre et chaude perfection sonore. C'est un superbe instrument, mon luth. Bien plus beau que mes doigts ne le valent. Lentement je progresse vers lui. En attendant, je rends justice à sa voix.
Sentir l'instrument vibrer contre moi, cela m'apaise. Je m'absorbe dans ces sonorités.
Eloigne mes soucis, détend mes nerfs et dissipe toute pensée. Je joue du luth.
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